2024 sera une année cruciale dans la diplomatie mondiale puisque 4,1 milliards de personnes se dirigeront ou se sont déjà dirigées en début d’année vers les urnes, soit près de la moitié de la population mondiale. Ainsi, l’information aura forcément un rôle capital et pourrait bien voir sa fiabilité impactée durant cette période.

À près d’un mois des élections européennes, l’ARCOM est en alerte maximale et scrute chaque média afin de s’assurer qu’ils apportent une information non erronée. Cependant, si ce constat s’applique plutôt bien aux médias traditionnels, ce sont les réseaux sociaux qui inquiètent la plupart des observateurs qui craignent que ceux-ci ne soient utilisés afin de manipuler l’information. Les réseaux sociaux multiplient donc les nouveaux outils afin de garantir l’information la plus transparente possible, à l’instar de X (anciennement Twitter), qui a mis en place les notes de communauté, sorte de fast-checking rédigé par les utilisateurs et mis en avant directement sous le post concerné par la note de communauté. Cependant, la position du groupe Meta interroge, puisque le groupe a récemment annoncé qu’il retirait son logiciel anti-fake news, alors même que le groupe a récemment été dénoncé pour son impact dans l’élection de Donald Trump en 2016. Il faut quand même souligner qu’en France, le nombre de fake news que peuvent utiliser les politiciens reste extrêmement faible, tant l’information est contrôlée. Néanmoins, ce n’est pas le cas de tous les pays du globe, et notamment chez nos voisins outre-Atlantique à l’aube de leurs élections présidentielles.
Joe Biden VS Donald Trump : la guerre des fakes news (encadré)
C’est un duel de choc qui oppose Joe Biden et Donald Trump dans cette bataille à la (dés)information. Si on a tous en tête les scandales qui avaient entaché la dernière élection aux États-Unis, il semblerait que le pays n’ait pas tiré d’enseignements de ses erreurs.
30 573 mensonges : ce serait le nombre de fake news énoncées par Donald Trump durant son mandat présidentiel selon le très sérieux Washington Post, soit plus de 20 par jour. Selon le journal, l’ex-président aurait menti 7568 fois sur des sujets économiques, 2519 fois sur le COVID et 3035 fois sur l’élection présidentielle en elle-même. Des chiffres alarmants qui démontrent bien les méthodes utilisées par l’homme d’affaires. Cependant, son principal adversaire aux prochaines élections n’est pas en reste puisque malgré ses nombreuses déclarations sur la propagation de fake news, il n’en reste pas moins l’un des principaux acteurs. Le président américain est notamment fréquemment la cible des médias, comme dans cet article du New York Post qui reproche au président américain de dire que tout va bien dans l’économie du pays alors même que le prix de l’essence et de l’alimentation, par exemple, ne cessent d’augmenter, ou encore lorsqu’il expliquait que le départ de l’Afghanistan était un succès.
La Russie : championne de la désinformation ! (Encadré)
Comment parler de désinformation en période électorale sans évoquer le cas de la Russie ? Si le pays de Vladimir ne pourra pas se targuer d’être sur la plus haute marche du podium lors des JO de Paris, ils pourront au moins se consoler avec le titre de champions du monde de la désinformation.
Avec la place de 162ème pays sur 180 en termes de liberté de la presse et près de 1500 journalistes ayant fui le pays depuis le début de la guerre face à l’Ukraine, la Russie fait figure d’antimodèle en termes de liberté d’information. On a récemment appris que le pays clonait des sites d’information français afin d’y diffuser de fausses informations servant la cause du pays. Il faut aussi évidemment parler des quelques 22 millions de faux bulletins qui ont été comptabilisés pour réélire Vladimir Poutine. Il faudrait aussi parler de la mystérieuse mort de son principal opposant à l’élection présidentielle (tant est-il qu’il y en ait vraiment un), Alexeï Navalny, dont on ne connaît toujours pas précisément les circonstances de sa mort. Les services pénitentiaires russes font état d’un soudain malaise « après une promenade », je laisse à chacun le droit de se faire sa petite idée concernant la véracité de cette information…
Fakes news : demeler le vrai du faux en temps de guerre
Il ne se passe pas un jour dans l’actualité sans qu’une nouvelle information concernant la guerre en Ukraine ou dans la bande de Gaza ne sorte. Cependant, il faut rester extrêmement vigilant, car dans les deux conflits, tous les belligérants se livrent à une véritable guerre d’image, au grand dam de l’information.

C’est la nouvelle stratégie de tous les acteurs des guerres modernes : conquérir l’opinion publique afin de justifier leurs actes. Pour parvenir à leurs fins, tous les moyens sont bons en temps de guerre, alors personne n’hésite à instrumentaliser la guerre. Les terroristes du Hamas ont par exemple pour habitude de montrer des images d’enfants, qu’elles soient vraies ou fausses, afin de toucher le monde. Cependant, leurs opposants israéliens se sont eux aussi calés sur la même stratégie et n’hésitent pas à mentir, comme lorsqu’une vidéo publiée sur X prétendait montrer une population israélienne apeurée alors qu’il s’agissait d’une vidéo tournée en Argentine. Dans l’autre gros conflit qui agite le monde en ce moment, les fausses nouvelles ne sont pas en reste, comme lorsque l’armée ukrainienne glorifiait le « fantôme de Kiev » au début de la guerre en expliquant que ce pilote avait abattu 6 pilotes russes à lui seul. Il s’agissait en fait d’une vidéo inspirée du jeu vidéo « Digital Combat Simulator ». Côté russe, je ne pourrais même pas vous citer tous les exemples de fausses nouvelles créées de toutes pièces, comme lorsqu’ils avaient créé de fausses copies des médias français pour crédibiliser le discours de Vladimir Poutine. Alors, comme la plupart des fausses informations sont sur les réseaux sociaux, pour les repérer il y a quelques méthodes très simples : vérifier l’information sur d’autres (vrais) médias, effectuer une recherche inversée (c’est-à-dire avec l’image) et vérifier d’où provient l’information.
Les deepfakes : le nouveau moyen de diffusion de fausses informations (quasiment) indétectable
Création de faux nudes, de faux discours avec une imitation quasiment parfaite de la voix voire même de fausses sextapes : ce sont toutes les possibilités qu’il est possible de réaliser grâce aux deepfakes. Ces dernières années, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur et effraie jusqu’au sommet de l’État.

Si il y a quelques années, il était assez facile de repérer un deepfake, cette technologie a pris un véritable tournant ces dernières années et semble presque hors de contrôle. Tant et si bien que l’Union européenne souhaite imposer une loi aux deepfakes afin que ceux-ci soient soumis à des « tatouages » en ligne pour qu’ils soient reconnaissables. Problème : les créateurs de deepfakes ont jusqu’à 2 ans pour mettre cette loi en ligne, alors que plus de la moitié de la population mondiale doit voter cette année. Et le plus gros problème de ce phénomène d’un genre nouveau, c’est qu’il peut toucher n’importe qui : un directeur d’un collège américain avait notamment été visé par 3 élèves qui ont réalisé un deepfake de lui en train de proférer des insultes racistes. La vidéo sera finalement supprimée et le proviseur blanchi mais cela pose beaucoup de problèmes déontologiques. Il serait en effet encore plus simple de réaliser ce type de vidéo avec un chef d’État, ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences. Dans un autre registre, la célèbre chanteuse Taylor Swift avait quant à elle vu de faux nudes extrêmement réalistes circuler sur les réseaux sociaux avec une visibilité record. La propagation de ce type de contenu est évidemment un frein immense dans la lutte contre les fakes news.